B R U N O __D E N I E L - L A U R E N T

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Appel Chagos

Auteur : Bruno DENIEL-LAURENT
& Bernard MALBLANC

Texte publié en copyleft le 29 mars 2012

 

 

 

D'où les bombardiers américains ont-ils décollé lors des deux guerres d'Irak ? Des îles Chagos. Quelle est la base aéronavale d'appui dans la guerre en Afghanistan ? Diego Garcia, archipel des Chagos. Dans la lutte contre le terrorisme, quel est le principal point d'appui des Etats-Unis pour l'Afrique de l'Est, le Moyen-Orient, le continent indien ? La base militaire des Chagos.

Les Chagos : là où les Chagossiens n'ont plus le droit de vivre depuis un demi-siècle.

L'archipel des Chagos a le statut de Territoire Britannique de l'Océan Indien. Dans les années 60, un accord secret entre la Grande-Bretagne et les États-Unis scelle le sort de ses habitants : pour y installer une base, les Américains obtiennent de disposer d'un territoire « inhabité ». Ont-ils réellement ignoré qu'une population créole y vivait ? Entre 1967 et 1973 elle a été déportée.

Au sein du gouvernement anglais, on l'a su, mais aujourd'hui encore, on refuse d'en tirer toutes les conséquences. Et l'on empêche le retour des Chagossiens dans leurs îles. Olivier Bancoult, électricien à l’île Maurice, mène le combat du Groupe Réfugiés Chagos. Il compte parmi ses défenseurs J.M.G. Le Clézio, Paul Vergès et Nelson Mandela. Un groupe de parlementaires britanniques, toutes tendances politiques confondues, soutient son action. Ils disent qu'il est honteux d'empêcher ce retour après qu'on a décidé de les chasser en totalité ; après qu'on a gazé leurs chiens dans des calorifères pour les intimider et qu'on les a forcé à abandonner leurs maisons, leurs biens, les tombes de leurs ancêtres ; après qu'on les a déportés par bateau et débarqués à Maurice ou aux Seychelles sans souci de ce qu'il adviendrait d'eux ; après qu'on a caché au monde leur existence et qu'on les a abandonnés à leur désespoir dans des bidonvilles dont la plupart ne sont jamais sortis ; après qu'on a voulu étouffer l'affaire quand elle a commencé à filtrer, qu'on leur a payé une compensation dérisoire et qu'on leur a soutiré par ruse une renonciation signée ; après que trente ans de combats juridiques furent nécessaires pour que la citoyenneté britannique leur soit accordée.

La voix de la raison d'Etat a parlé en faveur de la base militaire il y a cinquante ans. Cette voix parle-t-elle encore ? Grâce à l’action d’un consortium créé par le gouvernement britannique, l’archipel des Chagos est depuis 2010 sous le statut d’Aire Marine Protégée… Réserve écologique, donc, vidée de ses quelques milliers d’habitants naturels, mais au sein de laquelle continueront de mouiller des porte-avions nucléaires américains, dans cette île de Diego Garcia où stationnent des milliers de militaires et de civils… On lit, dans un courrier émanant de l’ambassade américaine à Londres, révélé par Wikileaks : « Les anciens habitants devraient avoir des difficultés, sinon l’impossibilité, de continuer à demander leur réinstallation dans les îles si l’ensemble de l’archipel des Chagos devenait une réserve marine. »

Début mars, Olivier Bancoult et le Groupe Réfugiés Chagos lancent une pétition sur le site de la Maison Blanche : s’ils parviennent à rassembler 25 000 signatures avant le 4 avril, le gouvernement des États-Unis – dans le cadre du droit de pétition « We The People » promu par Barack Obama – sera contraint de s'exprimer quant à la responsabilité américaine dans la déportation des Chagossiens.

Il y a une semaine, il manquait encore 20 000 signatures à Olivier Bancoult. Le seuil des 25 000, si l’on n’agit pas, vite et massivement, ne sera pas atteint à la date du 4 avril 2012... Cette pétition sur le site de la Maison blanche est ouverte à tout le monde. Tout le monde.

 

Bernard Malblanc

Bruno Deniel-Laurent

 

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Pour aller plus loin sur la question des Chagos :

www.speakhumanrights.org

"Stealing a nation"
documentaire (en anglais) de John Pilger


"Natifs des Chagos : rien entendu, rien vu, rien à dire ?"
par Bernard Malblanc

 

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